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Éadig béo þu
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Vieil anglais – Tolkien
Tengwar

   ⸱   
Éadig béo þu, góda mann!
Heureux sois-tu, homme de bien !
   ⸱   
Éadig béo þu, léofe wíf!
Heureuse sois-tu, femme chérie !
    
Langre lisse ic þe ann –
Je te souhaite grâce durable,
     
hafa lof and líþe líf!
louange à toi, que la vie te soit douce !
      ⸱
Hé þe hér swa sáre swanc,
Celui qui a travaillé si dur ici,
    ⸱
rúna rǽdde and fyrngewrit,
a expliqué les runes et les anciens écrits,
   ⸱    ⸱
hál béo hé, on sálum wlanc,
qu’il se porte bien, gai et fier
     
healde láre and wís gewit!
qu’il garde savoir et sagesse d’esprit !



      
Éadge béo we eft swa nú!
Heureux soyons-nous, plus tard comme maintenant !
   ⸱  
Dréam ne dréose, drync genóg
Que la joie ne manque point, que la boisson coule
      ⸱
flówe on fullum síþ swa iú –
en suffisance, en abondance à l’avenir comme autrefois –
  ⸱   
fyllaþ wǽge, fyllaþ cróg!
remplissez la coupe, remplissez le pichet !
      
Byrla! byrla! medu scenc!
Échanson ! Échanson ! Offre-nous la miessée !
       :
Dóm is feor þeah dóm sie strang.
Le jugement est loin, si sévère soit-il.
      
Swanc forlǽt and géot ús drenc!
Laisse donc le travail et verse-nous à boire !
   ⸱   :
Lust is lýtel, earfoþ lang.
Le plaisir est menu, et le labeur bien long.



    ⸱
Uton singan scírne sang,
Entonnons un chant clair,
     ⸱
herian Beorc and byrcen cynn,
glorifions le Bouleau et son espèce,
   ⸱  ⸱
láre and láreow, leornungmann –
l’enseignement, l’enseignant et l’étudiant –
       
sie ús sǽl and hǽl and wynn!
puissions-nous avoir liesse, et santé, et bonheur !
     
Ác sceal feallan on þæt fýr
Le chêne tombera dans le feu
 ⸱  ⸱   
lustes, léafes, lífes wan!
sans plaisir, ni feuille, ni vie !
     ⸱
Beorc sceal ágan langne tír,
Le bouleau aura longue gloire,
    
bréme glǽme glengan wang!
d’un illustre éclat il ornera la plaine !

Commentaire
Éadig béo þu « Heureux sois-tu » est un poème composé par J. R. R. Tolkien et publié dans un recueil appelé Songs of the Philologists. C’est un divertissement d’universitaires fait de vers comiques – poèmes satiriques, airs connus, chansons à boire – composés ou traduits en langues germaniques anciennes. Il fut publié en 1936 à titre privé pour Tolkien et son collègue et ami E. V. Gordon. Quelques-uns ont été publiés dans l’essai critique The Road to Middle-earth de T. A. Shippey, dont celui ci, accompagné d’une traduction. Il se chante sur l’air de Twinkle, Twinkle, Little Star.

Le poème fait allusion à la rivalité dans les départements d’anglais entre cursus de « langue » et de « littérature ». Tolkien n’aimait pas ces noms qu’il jugeait impropres, et préférait les appeler « lit. » et « lang. » ou mieux encore « A » et « B ». En fin de compte, il trouvait cette opposition stupide et nuisible, et soutenait une approche mixte : on peut le voir par exemple dans son Discours d’adieu à l’Université d’Oxford, publié dans Les Monstres et les critiques et autres essais. Quand il fallait toutefois choisir un camp, il se rangeait clairement et sans surprise du côté de la « langue » : et dans ce poème en effet, beorc (le bouleau, mais aussi le nom de la rune anglo-saxonne correspondant à B) resplendit, tandis que ác (le chêne, mais aussi le nom de la rune anglo-saxonne correspondant à A) finit au feu !

Nous avons ajouté quelques accents aigus manquants. La traduction française est nôtre.

Le texte est transcrit en tengwar ou « lettres de Fëanor ». Tolkien a créé deux adaptations différentes de l’usage général du Troisième Âge au vieil anglais, présentées dans Sauron Defeated p. 318-327. C’est le mode dit du « Texte II » que nous avons plus particulièrement cherché à imiter ici. Nous nous sommes servis de la police Tengwar Eldamar de Måns Björkman.  Ouvrir ce mode dans Glaemscribe

Références
Shippey, Thomas Alan. The Road to Middle-earth: How J. R. R. Tolkien created a new mythology. London: Grafton, 1992. 337 p. ISBN 0-261-10275-3.
Tolkien, John Ronald Reuel. The Monsters and the Critics and Other Essays. Edited by Christopher Tolkien. London: HarperCollins, 2006. 256 p. ISBN 0-261-10263-X.
Tolkien, John Ronald Reuel. Les Monstres et les critiques et autres essais. Édition de Christopher Tolkien. Traduction de Christine Laferrière. Paris : Christian Bourgois, 2006. 294 p. ISBN 2-267-01820-9.

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Dernière mise à jour du site : 30 juillet 2019. Nous contacter :